Cybersécurité en cabinet comptable : la cible qui vaut 350 000 entreprises

Décembre 2023. Coaxis, un hébergeur qui fait tourner les outils métier de plusieurs milliers de cabinets d'expertise comptable, est victime d'un rançongiciel. L'attaque passe par les identifiants compromis d'un seul client. En quelques heures, l'accès aux logiciels devient impossible pour environ 1 200 cabinets et leurs 350 000 entreprises clientes. Il faudra un mois pour que le service redevienne pleinement opérationnel.

Aucune donnée n'a été détruite. Mais l'alerte a marqué la profession : un seul point d'entrée compromis peut paralyser des centaines de milliers d'entreprises qui, elles, n'avaient rien demandé.

C'est toute la particularité du risque cyber pour un cabinet comptable : ce n'est jamais une attaque isolée. C'est une attaque à effet domino.

Pourquoi les hackers préfèrent un cabinet à une PME isolée

Un cabinet comptable ne détient pas les données d'une entreprise. Il détient les données de centaines d'entreprises : bilans, RIB, bulletins de paie, numéros de sécurité sociale, parfois les accès aux espaces professionnels de ses clients.

Pour un attaquant, le calcul est simple. Pourquoi viser une PME à la fois quand on peut atteindre son cabinet comptable et récupérer, en un seul accès, de quoi monnayer ou compromettre des dizaines de dossiers d'un coup ?

Les experts-comptables sont ainsi devenus des cibles privilégiées, pour deux raisons distinctes. D'abord la valeur commerciale des informations qu'ils détiennent. Ensuite le fait que ces données permettent de préparer des attaques ciblées contre les clients eux-mêmes : facture falsifiée, virement détourné, usurpation d'identité.

Des méthodes qui visent précisément les réflexes du métier

Certaines arnaques ne sont pas génériques : elles s'appuient sur le quotidien administratif d'un cabinet. L'Ordre des Experts-Comptables a documenté plusieurs cas de spoofing où un fraudeur se fait passer pour la DGFiP, l'Urssaf, une CCI ou un greffe, pour soutirer un RIB ou des informations confidentielles sous couvert d'une démarche urgente.

Le mail est crédible, le ton est officiel, l'échéance est pressante, exactement les conditions dans lesquelles une erreur devient possible, même pour une équipe expérimentée.

Plus largement, une entreprise française sur deux a subi au moins une cyberattaque en 2024 selon le baromètre du Cesin. Le phishing reste le point d'entrée le plus fréquent, loin devant l'exploitation de failles techniques.

Ce qui est réellement en jeu, au-delà de l'informatique

Une panne informatique coûte du temps et de l'argent. Une fuite de données dans un cabinet comptable coûte autre chose : la confiance.

Le secret professionnel et le RGPD placent le cabinet en position de responsabilité vis-à-vis des données de chacun de ses clients. Une fuite n'engage donc pas seulement le cabinet vis-à-vis de lui-même, mais potentiellement vis-à-vis de chaque entreprise dont il détient les données.

Et la confiance, une fois entamée, est difficile à reconstruire. Un client qui apprend que son bilan, son RIB ou les fiches de paie de ses salariés ont circulé ne se demande pas seulement « qu'est-ce qui a été volé », il se demande « puis-je encore confier mes données à ce cabinet ».

Un nouveau critère de choix pour vos clients

Autre évolution à noter : la question ne vient plus seulement des cabinets vers leurs prestataires informatiques. Elle vient de plus en plus des clients vers leur cabinet.

Avant de signer ou de renouveler, certaines PME demandent désormais où et comment leurs données sont hébergées, si l'accès est sécurisé, si un incident a déjà eu lieu.

Un cabinet qui peut répondre clairement à ces questions ne se contente pas de se protéger. Il rassure. Et dans une profession où la relation de confiance est le produit lui-même, c'est un argument commercial à part entière, pas seulement une ligne de dépense.

Par où commencer

Pas besoin de tout refaire d'un coup. Quelques priorités concrètes :

  • L'authentification à plusieurs facteurs (MFA) sur la messagerie et les logiciels métier, la mesure la plus simple contre les identifiants volés.
  • Un hébergement professionnel et surveillé pour les outils et données clients, plutôt qu'un serveur local sans supervision réelle.
  • La sensibilisation de l'équipe aux techniques de spoofing spécifiques au métier : savoir reconnaître un faux mail de la DGFiP est tout aussi important que savoir clôturer un bilan.
  • Un plan testé, pas seulement des sauvegardes, pour redémarrer vite en cas d'incident, sans attendre un mois comme les clients de Coaxis.

La cybersécurité d'un cabinet comptable n'est plus un sujet informatique en marge de l'activité. C'est une condition pour continuer à exercer la confiance qui fait tout le métier.

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